« Ne souriez pas trop vite, vous êtes filmés », telle pourrait être la devise du rapport 2009 de la Ligue des droits de l’Homme portant sur l’augmentation alarmante des dispositifs de surveillance au sein des sociétés occidentales. En s´appuyant sur un certain nombre de faits et de principes, ce livre rend compte des instruments déployés pour contrôler et surveiller l’action des citoyens. Une forme de mondialisation surveillée est en train de se mettre en place, avec une circulation de bases de données dans tous les sens sans que l’on ait de garantie effective sur la préservation de la liberté des citoyens. C’est au nom de cette dernière que la Ligue des droits de l’Homme a publié son rapport afin de dénoncer le sacrifice de la liberté sur l’autel de la sécurité, devenu un dogme fondamental des sociétés contemporaines. Il se trouve que l´ensemble des techniques de fichage (biométrie, nanotechnologies, vidéosurveillance) répondent davantage à un sentiment d’insécurité et demeurent détournées de leurs objectifs : là où le pouvoir politique prétend préserver la liberté des citoyens, il la fragilise en construisant des techniques de surveillance de plus en plus fortes. En France, il existe une dérive sécuritaire certaine, due à une quasi absence de contrôle de l’usage des fichiers de données : Edvige, tests ADN, listes d’élèves scolarisées, toutes ces bases servent davantage à dépister les citoyens jugés déviants et non-conformes à l´idéologie ambiante. On retrouve dans cet ouvrage l’inspiration de Michel Foucault avec l’idée que l’emprise de la norme est devenue de plus en plus forte dans une société à caractère liberticide. En s’appuyant sur les rapports de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, le livre dénonce la circulation de bases de données clandestines à l’instar du système de traitement des infractions constatées (Stic) et du Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg). Certes, ces pratiques ne sont pas nouvelles, les États-Unis avaient d’ores et déjà créé des dispositifs de surveillance pendant la guerre froide (système Échelon surveillant les télécommunications) ainsi qu’après (logiciel Carnivore permettant l’accès aux courriels jugés sensibles, dépistage des informations sur les passagers aériens depuis les attentats du 11 septembre 2001 avec le système PNR, Passenger name record). Ce livre invite à une prise de conscience vis-à-vis du despotisme doux en train de s’installer dans nos sociétés, justifiant des politiques de plus en plus sécuritaires et inévitablement xénophobes (rejet des Roms, traque des immigrés clandestins). Si la surveillance s’insère en permanence dans notre quotidien, nous avons néanmoins les moyens de résister en instituant des réseaux de vigilance citoyenne.